L’évaluation comportementale est prévue par l’article L211-13-1 du code rural et de la pêche maritime. Elle vise à apprécier le danger potentiel que le chien peut représenter pour les personnes, dans son environnement de vie habituel.
Quand la faire
Pour un chien de 1re catégorie, l’évaluation doit être réalisée lorsque l’animal a entre huit et douze mois.
Cette fenêtre s’explique par la maturité comportementale: avant huit mois, les réactions d’un chiot ne préjugent pas de son comportement adulte. Après douze mois, l’évaluation reste possible, mais le détenteur s’est placé hors du délai réglementaire.
Trois autres situations déclenchent une évaluation:
- après une morsure, sur tout chien, catégorisé ou non;
- sur demande du maire, lorsqu’un chien est signalé comme dangereux;
- lors des réévaluations périodiques, dont la fréquence dépend du niveau de risque attribué.
Pour un chien de plus de douze mois acquis plus tard, l’évaluation se fait au moment de la constitution du dossier de permis.
Qui peut la réaliser
Uniquement un vétérinaire inscrit sur la liste départementale tenue par le préfet. Tout vétérinaire n’est pas habilité: l’inscription suppose une formation spécifique.
La liste est disponible auprès de la préfecture, de la direction départementale en charge de la protection des populations, ou de votre mairie. Comme pour la formation, vérifiez l’inscription avant de prendre rendez-vous.
Le déroulement de l’évaluation
La consultation dure généralement de trente minutes à une heure. Elle ne ressemble pas à un test de dressage.
Le vétérinaire procède en trois temps:
- L’entretien avec le détenteur. Conditions de vie du chien, composition du foyer, présence d’enfants, environnement, antécédents, mode d’éducation, incidents éventuels.
- L’observation du chien. Attitude générale, réactions à l’approche, à la manipulation, à la contrainte douce, à la présence d’un inconnu, gestion de la frustration, réactivité au matériel.
- La conclusion et les préconisations. Le vétérinaire rédige un rapport, attribue un niveau de risque, et formule le cas échéant des recommandations.
Venez avec le carnet de santé, le certificat d’identification, et si possible l’historique des éventuels incidents. Présentez le chien dans des conditions normales: ne le fatiguez pas avant, ne le privez pas de nourriture, ne modifiez pas ses habitudes.
Un rapport, pas une sanction
L'évaluation vise à identifier des facteurs de risque et à proposer des mesures correctrices, pas à condamner l'animal. Un détenteur qui décrit honnêtement les difficultés rencontrées obtient des préconisations utiles. Dissimuler un incident antérieur se retourne contre vous s'il ressort plus tard, notamment après une morsure.
Les quatre niveaux de risque
| Niveau | Appréciation | Conséquence usuelle |
|---|---|---|
| Niveau 1 | Le chien ne présente pas de risque particulier de dangerosité | Pas de réévaluation imposée |
| Niveau 2 | Risque de dangerosité faible pour certaines personnes ou dans certaines situations | Réévaluation dans un délai de deux à trois ans |
| Niveau 3 | Risque de dangerosité critique pour certaines personnes ou situations | Réévaluation à un ou deux ans, préconisations renforcées |
| Niveau 4 | Risque de dangerosité élevé | Réévaluation rapprochée, mesures pouvant être imposées par le maire |
Le vétérinaire transmet ses conclusions au maire de la commune de résidence, ainsi qu’au fichier national. Le maire peut, au vu du rapport, imposer des mesures: suivi d’une formation complémentaire, port permanent de la muselière, conditions de détention particulières, voire placement de l’animal dans les cas les plus graves.
L’incidence sur l’assurance
Le rapport d’évaluation intéresse directement les assureurs. Un chien classé en niveau 1 constitue un dossier nettement plus acceptable, et certains assureurs réclament ce document avant d’accepter une souscription.
À l’inverse, un classement en niveau 3 ou 4 complique l’accès à la couverture. Si vous êtes dans cette situation, la page refus d’assurance détaille les alternatives.
Après l’évaluation
Le rapport intègre votre dossier de permis de détention. Conservez-en une copie, avec les préconisations du vétérinaire.
Si des mesures ont été préconisées, appliquez-les réellement et gardez-en la trace: en cas d’incident ultérieur, le fait d’avoir suivi ou ignoré ces recommandations pèse lourdement, tant sur le plan pénal que sur la position de votre assureur.
Préparer la consultation en dix jours
Une évaluation se prépare, non pour tromper le praticien, mais pour que l’animal soit présenté dans un état représentatif.
Les dix jours avant. Maintenez les habitudes: mêmes horaires de sortie, même alimentation, même rythme de repos. Ne changez rien à l’éducation la veille.
Le matériel. Habituez le chien à la muselière bien avant, si ce n’est pas déjà acquis. Un chien qui se débat contre son matériel donne une image défavorable qui ne reflète pas son tempérament.
Le jour même. Une sortie hygiénique normale avant le rendez-vous, sans dépense physique intense qui rendrait l’animal soit épuisé soit surexcité. Pas de privation de nourriture, pas de calmant sans avis vétérinaire.
Les documents à emporter. Carnet de santé, certificat d’identification, historique médical, et une note écrite décrivant les conditions de vie: composition du foyer, présence d’enfants, type de logement, durée des sorties, incidents éventuels avec leurs circonstances.
Cette note change la qualité de l’évaluation. Un vétérinaire qui dispose du contexte formule des préconisations utiles plutôt que génériques.
Ce que le rapport contient réellement
Le document remis comporte quatre parties, et la dernière est la plus importante pour vous.
- L’identification de l’animal et du détenteur.
- Le compte rendu de l’entretien: conditions de vie, antécédents, mode de relation.
- Les observations comportementales faites pendant la consultation.
- La conclusion: niveau de risque attribué, périodicité de réévaluation, et préconisations.
Les préconisations sont souvent lues en diagonale, puis le rapport est classé. C’est une erreur. Elles constituent à la fois un plan d’action concret et, en cas d’incident ultérieur, la pièce sur laquelle votre diligence sera appréciée. Un détenteur qui les a appliquées et le démontre se trouve dans une position radicalement différente de celui qui les a ignorées.
Le détail des quatre niveaux et de leurs effets figure dans les niveaux de risque et leurs conséquences.
Le rôle de la douleur
Un point rarement évoqué mérite de l’être: une part significative des comportements d’agression a une origine médicale.
Arthrose, dysplasie, otite chronique, douleur dentaire, trouble visuel ou auditif modifient profondément la tolérance d’un animal. Un chien qui souffre supporte mal le contact, anticipe la douleur et réagit à une manipulation anodine.
Chez les molossoïdes, sujets à la dysplasie de la hanche et du coude, cette cause est fréquente et sous-diagnostiquée. Un bilan orthopédique et un examen complet précèdent utilement toute interprétation comportementale, en particulier si le comportement s’est modifié récemment.
C’est aussi la voie la plus efficace pour faire évoluer favorablement un classement: traiter une douleur produit parfois en quelques semaines ce que des mois de travail éducatif n’obtiendraient pas.