La réglementation française sur les chiens catégorisés protège l’espace public: muselière, laisse, interdiction d’accès aux lieux publics. Elle ne dit rien de l’espace domestique, où se produisent pourtant la plupart des accidents graves impliquant des enfants.
Pourquoi les enfants sont plus exposés
Quatre facteurs se combinent, et aucun ne dépend du caractère du chien.
La taille. Le visage d’un enfant se trouve à la hauteur de la gueule d’un chien de fort gabarit. Là où un adulte serait mordu à la main ou à l’avant-bras, l’enfant l’est au visage, au cou ou au cuir chevelu.
Le comportement. Les enfants se déplacent par mouvements brusques, crient, courent, serrent, grimpent sur le chien, le surprennent pendant son sommeil ou lorsqu’il mange. Autant de situations qui sollicitent l’animal au-delà de son seuil de tolérance.
La lecture des signaux. Un enfant ne perçoit pas les avertissements canins. Un chien qui se raidit, se détourne, se lèche les babines ou baille communique un inconfort. L’adulte peut l’apprendre, le jeune enfant non.
La proximité prolongée. L’enfant vit avec le chien, partage son espace, ses jouets, son couchage. L’exposition est quotidienne, contrairement à celle d’un passant.
La règle qui prévaut sur toutes les autres
Un enfant et un chien, quels que soient sa race, son âge et son caractère, ne doivent jamais être laissés seuls sans surveillance directe d'un adulte. Non pas quelques minutes, non pas le temps de répondre au téléphone. La quasi-totalité des accidents graves survient pendant une absence brève d'attention, avec un chien qui n'avait jamais rien fait auparavant.
Les signaux d’alerte à connaître
Un chien prévient presque toujours avant de mordre. La morsure dite sans avertissement est en réalité une morsure dont les avertissements n’ont pas été vus, ou ont été punis par le passé jusqu’à disparaître.
Par ordre croissant d’intensité:
| Signal | Signification |
|---|---|
| Détournement de la tête, évitement du regard | Demande d’apaisement, malaise |
| Léchage de babines, bâillement hors contexte | Stress, tension montante |
| Corps qui se fige, arrêt de tout mouvement | Alerte forte, seuil proche |
| Regard fixe, blanc de l’oeil visible | Tension élevée |
| Grognement | Dernier avertissement clair |
| Babines retroussées, dents découvertes | Imminence |
Le grognement doit être entendu, pas puni. Un chien réprimandé pour avoir grogné apprend à supprimer l’avertissement, sans que sa gêne disparaisse: il mordra ensuite sans phase préalable identifiable. C’est l’une des erreurs éducatives les plus lourdes de conséquences.
Les situations à haut risque au domicile
- Le chien mange ou possède un objet convoité.
- Le chien dort ou se repose dans son couchage.
- Le chien est malade, blessé ou âgé et souffre.
- L’enfant enlace le chien ou approche son visage du sien.
- L’enfant court ou crie à proximité.
- Une ressource est disputée: jouet, canapé, accès à une personne.
- Le chien est coincé sans possibilité de s’éloigner.
Ce dernier point est essentiel: la plupart des morsures surviennent lorsque le chien n’a pas pu fuir. Lui garantir une issue supprime une grande partie du risque.
Les aménagements qui fonctionnent
Un espace de repli inviolable. Un couchage, une pièce ou une caisse où le chien se retire et où personne, surtout pas un enfant, ne vient le chercher. C’est la mesure la plus efficace.
La séparation des temps. Repas du chien à l’écart, moments de jeu structurés, périodes de repos respectées.
Des barrières physiques. Barrière de sécurité entre les espaces, portes fermées la nuit.
Des règles explicites pour l’enfant, formulées positivement et répétées: on ne dérange pas le chien qui dort, on ne s’approche pas de sa gamelle, on ne lui prend pas ses jouets, on caresse le poitrail plutôt que la tête, on ne met pas son visage près du sien.
La formation de l’adulte. Le programme de l’attestation d’aptitude aborde précisément la prévention des morsures chez l’enfant. C’est l’une des parties les plus utiles de la journée.
L’arrivée d’un bébé
Elle se prépare plusieurs mois à l’avance:
- stabiliser les apprentissages de base et le contrôle du chien;
- habituer progressivement aux bruits et aux odeurs nouvelles;
- installer l’espace de repli avant l’arrivée, pour qu’il ne soit pas vécu comme une exclusion;
- maintenir les sorties et l’attention, la privation brutale étant une source de tension;
- ne jamais laisser le bébé au sol en présence du chien sans contact physique d’un adulte sur celui-ci;
- consulter un vétérinaire comportementaliste au moindre signe de réactivité.
Signalez également cette évolution à votre assureur: l’arrivée d’un enfant au foyer modifie le risque au sens de l’article L113-2 du code des assurances. Voir le questionnaire de l’assureur.
Le cadre juridique applicable au domicile
Trois points méritent d’être clairement posés.
La muselière n’est pas obligatoire à domicile. L’obligation vise la voie publique et les parties communes des immeubles collectifs, pas l’espace privé clos. Voir muselière et laisse.
Un mineur ne peut pas promener seul un chien catégorisé, et ne peut pas en être détenteur. Voir personnes interdites de détention.
Une morsure sur votre propre enfant n’est pas couverte par votre responsabilité civile, faute de tiers. Elle doit en revanche être déclarée en mairie comme toute morsure, et entraîne une évaluation comportementale. Voir morsure et déclaration.
Ce dernier point surprend souvent: l’obligation de déclaration ne connaît pas d’exception familiale. Elle vise toute morsure infligée à une personne.
Quand consulter
N’attendez pas l’incident. Un vétérinaire comportementaliste doit être consulté dès qu’apparaît l’un de ces signes:
- grognements répétés envers un membre du foyer;
- raidissement à l’approche de la gamelle ou d’un objet;
- évitement systématique d’un enfant;
- réaction disproportionnée à un contact anodin;
- changement de comportement soudain, qui peut révéler une douleur.
Ces consultations sont prises en charge par certaines complémentaires santé animale, et leur coût est sans rapport avec celui d’un accident. Une intervention précoce résout la majorité des situations avant qu’elles ne deviennent dangereuses.